En accueillant la célébration de la Journée mondiale de l’Arbre dans sa Zone économique spéciale, Sandiara a offert une image pleine de contraste : d’un côté, des plants à protéger ; de l’autre, une zone industrielle appelée à accélérer son développement. Entre ambition économique et impératif écologique, les autorités locales réclament davantage d’infrastructures pour prévenir les risques de pollution.
Il y avait les plants fraîchement mis en terre, les discours officiels et les appels à la mobilisation. Mais, derrière la symbolique de la Journée mondiale de l’Arbre, célébrée dimanche à Sandiara, une autre réalité s’est invitée dans les échanges : celle d’un territoire qui cherche à concilier industrialisation et protection de l’environnement.
Le décor n’est pas anodin. La cérémonie officielle régionale s’est tenue dans la Zone économique spéciale (ZES) de Sandiara, présentée comme l’un des leviers de l’attractivité économique de la commune. Un choix qui donne au thème de cette édition, « Des plants aux arbres : la responsabilité des communautés », une résonance particulière.
Car à Sandiara, planter un arbre ne relève plus seulement d’un geste environnemental. Il s’agit aussi de réfléchir à l’environnement dans lequel cet arbre devra grandir.

Le maire Aliou Gning l’a bien compris. Dans son intervention, il a refusé de réduire le reboisement à une opération ponctuelle. « Un plant a besoin d’entretien et de suivi », a-t-il rappelé.
Une évidence qui constitue pourtant l’un des talons d’Achille des campagnes de reboisement. On plante beaucoup, mais la question de la survie des plants reste souvent moins visible que celle du nombre d’arbres mis en terre.
À Sandiara, l’édile veut donc responsabiliser l’ensemble des acteurs. État, collectivités territoriales, services techniques, entreprises, écoles, associations et familles doivent, selon lui, participer à l’entretien et à la protection des plants.
La présence de la ZES donne surtout une dimension particulière au plaidoyer du maire.
Sandiara veut attirer des investissements, créer des emplois et renforcer son tissu économique. Mais l’industrialisation a aussi son revers : davantage d’activités signifie davantage de besoins en eau, en énergie, en assainissement et en gestion des déchets, avec des risques environnementaux à maîtriser.
C’est précisément sur ce terrain que M. Gning a interpellé les autorités.
Il réclame une clôture adaptée pour sécuriser la zone et organiser les accès, mais également un renforcement des voiries et réseaux divers, des réseaux d’eau et d’électricité et de l’éclairage.
Son principal plaidoyer porte cependant sur la réalisation d’une station de traitement des eaux usées.
Dans une zone industrielle, l’assainissement n’est pas une infrastructure secondaire. Il constitue une composante essentielle de la prévention des pollutions.
Le maire a également évoqué les mauvaises odeurs et les fumées, appelant à une action plus efficace contre les sources de pollution industrielle.
Le premier magistrat de la commu a rappelé aux entreprises que la responsabilité sociétale et environnementale ne doit pas se limiter à des actions ponctuelles de mécénat ou de reboisement. Elle doit se traduire par une gestion correcte des déchets, le traitement des effluents, l’entretien des espaces verts et le respect des normes environnementales.
Dans les discours, l’arbre n’est donc plus seulement présenté comme un rempart contre la désertification.
Pour sa part, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Guèye Diop, a insisté sur son rôle dans la lutte contre l’érosion, la préservation de la biodiversité, la régulation du climat et le soutien aux activités agricoles.
Il y voit également un potentiel économique, notamment à travers le développement d’une économie verte susceptible de créer des emplois et de nouvelles opportunités dans les territoires.
L’intervention du ministre d’État chargé de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050, Alain Diouf, a prolongé cette réflexion.
Face à l’augmentation de la population et à la progression des besoins en matière d’habitat, d’agriculture et d’industrialisation, il estime nécessaire de rechercher un équilibre entre développement économique et protection de l’environnement.
Le moringa, choisi comme arbre parrain de l’édition, illustre cette approche.
L’espèce est connue pour sa résistance aux conditions difficiles, mais aussi pour ses propriétés nutritionnelles et médicinales. Son potentiel économique reste, selon Alain Diouf, largement sous-exploité au Sénégal.
Il cite l’expérience de certains pays d’Afrique de l’Ouest où le moringa alimente déjà des activités agro-industrielles.
Le plus difficile commence après la plantation
À Sandiara, la cérémonie s’est achevée sur des appels à la mobilisation. Mais le véritable défi commence maintenant.
Il faudra arroser, entretenir, protéger les plants et assurer leur suivi. Il faudra aussi prévenir les pollutions susceptibles de dégrader l’environnement dans lequel ils doivent évoluer.
La Journée de l’Arbre aura ainsi permis de poser une question qui dépasse largement le cadre de la cérémonie : quel modèle de développement pour une commune qui veut à la fois industrialiser son territoire et préserver son capital naturel ?
Le maire Aliou Gning plaide pour un triptyque : création de richesse, protection de l’environnement et épanouissement social.
Une équation qui pourrait devenir déterminante pour Sandiara au fur et à mesure que la ZES montera en puissance.
Car le Sénégal de 2050, évoqué dans les discours, ne se construira pas uniquement à coups d’investissements et d’infrastructures.
Il se mesurera aussi à la capacité des territoires à préserver leurs sols, leur eau, leur biodiversité et leur qualité de vie.
À Sandiara, les premiers plants sont désormais en terre.
Reste à savoir s’ils deviendront les arbres du développement durable promis.

Auteur : A.F




