À Nguinth, le canal n’est plus un simple ouvrage d’assainissement. Au fil des années, il s’est transformé en une source permanente d’inquiétude pour des centaines de familles. Loin de protéger les populations, il rythme désormais leur quotidien entre inondations, insalubrité, maladies et peur.
Dans certaines concessions, les journées commencent toujours par le même rituel : vérifier jusqu’où l’eau est montée pendant la nuit. Les meubles sont surélevés, les sacs de riz empilés, les ustensiles de cuisine mis à l’abri. Ici, chacun vit avec la crainte de voir les eaux envahir une nouvelle fois les habitations.
« On ne pose plus rien à même le sol », confie une mère de famille. L’humidité est devenue permanente. Les enfants tombent régulièrement malades et les parents peinent à identifier l’origine de leurs maux : moustiques, eaux stagnantes ou conditions de vie de plus en plus précaires.
À quelques mètres de là, des enfants jouent au bord du canal. Faute d’aires de loisirs, ils improvisent leur terrain de jeu à proximité d’une eau trouble et d’un ravin dépourvu de toute protection. Les parents les surveillent avec appréhension. Ici, un simple faux pas peut suffire à provoquer un drame.
À Nasrou, les conséquences du canal sont tout aussi visibles. Les eaux stagnantes saturent les sols, les latrines débordent et les mauvaises odeurs envahissent les habitations. Chaque hivernage est vécu comme une épreuve.
« Dès que les pluies commencent, je sais que je devrai peut-être envoyer ma femme et mes enfants ailleurs pendant quelques jours », raconte un chef de famille. Quitter son domicile n’est pas un choix, mais une nécessité imposée par les circonstances.
Plus loin, à Kawsara, l’eau poursuit son chemin avant de s’immobiliser. Elle envahit les rues, transforme les déplacements en parcours d’obstacles et pénalise les petits commerces. Une vendeuse explique voir sa clientèle diminuer dès que les rues deviennent impraticables. « Les gens renoncent à venir jusqu’ici », souffle-t-elle, résignée.
Au-delà des difficultés économiques, c’est la santé des populations qui préoccupe. Les moustiques prolifèrent, les fièvres se multiplient et les habitants redoutent chaque nouvel épisode pluvieux. La pluie, autrefois synonyme d’espoir, est désormais perçue comme une menace.
À Nguinth, Nasrou et Kawsara, il ne s’agit pas de situations isolées. Des familles entières vivent au rythme d’un canal inachevé qui, au lieu de remplir sa mission d’assainissement, accentue leur vulnérabilité.
Les habitants ne réclament ni privilège ni faveur. Ils demandent simplement de vivre dans des conditions dignes : un canal achevé, entretenu et sécurisé, des quartiers protégés des inondations et des enfants qui puissent grandir sans être exposés au danger. Car derrière ce chantier inachevé, ce sont des centaines de vies qui restent suspendues à une solution attendue depuis trop longtemps.
Auteur : A. F




