Par Al Hassane NIANG – Président
Chers militants, chers compatriotes,
Les sujets proposés cette année aux candidats du baccalauréat ne sont pas de simples exercices scolaires. Ils sont le miroir tendu à notre temps. En cette année 2026, alors que le Sénégal traverse l’une des périodes les plus troublées de son histoire récente – crise ouverte au sommet de l’État, marasme économique, réforme constitutionnelle controversée –, ces questions philosophiques résonnent comme un appel à la lucidité. Le parti Jiitël Wareef – Le Devoir en Mouvement, qui a précisément fait du devoir de penser et d’agir sa raison d’être, se doit d’y répondre.
I. Vaut-il mieux être gouverné par un homme vertueux ou par des lois justes ?
Cette question, qui traverse toute l’histoire de la philosophie politique depuis Platon et Aristote, n’a jamais été aussi brûlante qu’aujourd’hui sous nos tropiques.
L’homme vertueux : le mirage de la perfection
Platon, dans Le Politique, soutenait que le juste gouvernant est supérieur aux lois, car sa seule règle est l’Idée du Bien, qu’il impose par la persuasion ou par la force. Cette conception séduit toujours. Elle promet la souplesse, l’intelligence des situations et l’adaptation au concret. Elle fait du gouvernant un pilote qui, comme le comparait Platon, veille au salut de son navire sans s’encombrer de règles écrites.
Mais voilà : l’homme vertueux est une chimère. La vertu ne se décrète pas et ne se transmet pas par décret. Et lorsque la vertu se mue en charisme, elle engendre trop souvent la dérive autoritaire. Le Sénégal le sait : nous avons vu des régimes promettre la vertu et livrer l’arbitraire. La vertu, lorsqu’elle est personnifiée, devient périssable : elle meurt avec l’homme, se corrompt avec l’âge et s’égare avec l’orgueil.
Les lois justes : l’armature de la liberté
Aristote, plus lucide, rappelait que la morale n’est pas la politique, mais qu’elle en constitue la base et la sanction. La loi ne doit pas embrasser tout l’homme, mais l’homme tout entier doit être raisonnable et honnête pour lui obéir. Les lois justes sont l’œuvre de la raison collective, non de l’inspiration d’un seul. Elles sont imparfaites, sans doute, et toujours perfectibles : c’est précisément leur force. Elles résistent aux caprices du jour comme aux humeurs du prince.
Dans le contexte sénégalais de 2026 : les leçons d’une crise
Regardons notre situation. Le tandem arrivé au pouvoir en avril 2026, qui incarnait naguère la promesse d’une « rupture » vertueuse, s’est déchiré. Le président limoge son Premier ministre, qui devient président de l’Assemblée nationale. Désormais, une cohabitation inédite s’installe : un président aux prérogatives considérables et un président de l’Assemblée nationale disposant d’une large majorité parlementaire. Le pays est plongé dans une profonde confusion politique. Les deux hommes se regardent désormais en chiens de faïence.
Que nous enseigne cette crise, sinon que la seule vertu des hommes, si sincère soit-elle, ne saurait suffire ? Frères de combat hier, compagnons de route naguère, ils offrent aujourd’hui aux Sénégalais le spectacle affligeant d’une adversité d’une rare âpreté. Leur amitié politique, leur projet commun, l’auréole de leur « vertu » partagée : rien n’a résisté à l’épreuve des circonstances. La confiance personnelle, la communion des esprits, l’éthique si hautement proclamée : tout s’est disloqué sur le récif du pouvoir. Et le Sénégal en paie aujourd’hui la douloureuse facture.
C’est pourquoi Jiitël Wareef défend avec force la primauté des institutions. Non pas des institutions mortes, figées dans une Constitution que l’on réforme au gré des circonstances, mais des institutions vivantes, équilibrées, où les contre-pouvoirs sont réels et où les lois justes, débattues et librement consenties, priment sur les volontés particulières.
La vertu est une belle chose. Mais elle demeure insaisissable. La loi juste, elle, se construit, s’écrit et se discute. Elle constitue le véritable rempart contre l’arbitraire. Notre parti, Jiitël Wareef, choisit les lois justes, non par renoncement à l’idéal, mais par fidélité à la raison.
II. Le langage est-il un instrument de pouvoir ?
Deuxième sujet, deuxième vertige. Le langage, cette faculté que nous croyons si naturelle et si universellement partagée, est-il en réalité une arme ? Une arme de domination massive ?
Le langage : entre communion et manipulation
Le langage est d’abord ce qui nous unit. Il est le lien, la promesse, le récit commun. Mais il est aussi ce qui divise, ce qui trompe et ce qui asservit. Les rhéteurs de la Grèce antique l’avaient compris : la parole peut faire croire que le juste est injuste et que le laid est beau. Le langage est le lieu de la vérité, mais aussi celui de son simulacre.
Au Sénégal aujourd’hui : la guerre des mots
Regardons notre espace public. Le langage y est devenu un véritable champ de bataille. Chaque camp tisse son récit, forge ses slogans et impose son vocabulaire. Le président limoge son Premier ministre : les uns parlent de « rupture salutaire », les autres de « coup de force ». L’Assemblée adopte une réforme constitutionnelle : les uns y voient un « renforcement de la démocratie », les autres une « concentration des pouvoirs ».
Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène. Thuriféraires et partisans de chaque camp politique se renvoient les accusations. Chaque mot est pesé, chaque formule est une flèche. Le langage n’est plus seulement un instrument de dialogue ; il est devenu un instrument de pouvoir, un outil de légitimation et de délégitimation.
Le langage du pouvoir, le pouvoir du langage
Mais il y a plus profond encore. Le langage ne sert pas seulement à conquérir ou à conserver le pouvoir : il le constitue. Celui qui nomme détient le pouvoir de définir la réalité. Lorsqu’un gouvernement parle de « rigueur » ou de « sacrifices nécessaires », il impose une certaine lecture du monde. Lorsque l’opposition évoque une « crise » ou une « injustice », elle en propose une autre.
Or, cette guerre des mots a un prix. Elle brouille le sens, épuise la confiance et rend la délibération impossible. Le citoyen, submergé par les discours contradictoires, ne sait plus à qui se fier. La parole politique, qui devrait éclairer, obscurcit. Le langage, qui devrait unir, divise.
La réponse de Jiitël Wareef : une éthique de la parole
Face à cette dérive, Jiitël Wareef – Le Devoir en Mouvement – revendique une autre pratique du langage. Une pratique qui ne confond ni la rhétorique avec la vérité, ni le slogan avec le programme, ni l’invective avec le débat.
Nous croyons que le langage peut être autre chose qu’un instrument de pouvoir. Il peut être un instrument de libération, mais à une condition : qu’il soit soumis à l’épreuve de la raison, qu’il accepte la contradiction et qu’il renonce à la toute-puissance de la formule au profit de la patience de l’argument.
Le langage n’est pas condamné à n’être qu’un outil de domination. Il peut redevenir ce qu’il fut aux heures les plus nobles de notre histoire : le moyen par lequel une communauté se raconte, se comprend et se construit. C’est cette voie que Jiitël Wareef entend frayer.
Conclusion : l’homme, la loi et la parole
Chers militants, chers compatriotes,
Ces deux questions, en apparence distinctes, se rejoignent. Car la loi juste n’existe que si elle est dite, discutée et interprétée, c’est-à-dire si le langage qui la porte est lui-même juste. Et l’homme vertueux, s’il existe, est celui qui sait que la vertu ne se transmet pas par décret, mais par l’exemple, et que l’exemple ne vaut que s’il est partagé dans un langage de vérité.
La crise que traverse le Sénégal est une crise de confiance : confiance dans les hommes, confiance dans les lois, confiance dans les mots. Jiitël Wareef – Le Devoir en Mouvement – s’oblige à répondre à cette crise, non par des promesses faciles, mais par une exigence : celle de penser la politique à la hauteur de la philosophie et la philosophie à la hauteur de la politique.
À la faveur d’une interview accordée à une radio de la place en avril 2025, j’affirmais que le bilan du régime actuel constituait « une déception à tous points de vue ». Aujourd’hui, les faits semblent malheureusement confirmer cette analyse. Mais cette déception ne doit pas nous conduire au désespoir. Elle doit nous conduire à l’action. L’action de celles et ceux qui, conscients que l’homme n’est pas infaillible, que la loi n’est pas immuable et que le langage n’est pas innocent, choisissent pourtant de croire que la politique peut être autre chose qu’un simple rapport de force.
La politique peut être un rapport de sens. C’est cette conviction qui anime Jiitël Wareef.
Le Devoir en Mouvement, c’est-à-dire le devoir de penser, de dire et d’agir. Ensemble.
Dakar, le 12 juillet 2026
Pour Jiitël Wareef – Le Devoir en Mouvement




