L’école publique sénégalaise face à un tournant. Entre la montée en puissance du privé, le déficit d’enseignants et le manque d’infrastructures, l’Union syndicale pour une éducation de qualité (USEC) estime que le système éducatif est à un « point critique ». Réunie lundi à Thiès, l’organisation syndicale a plaidé pour un changement de paradigme et une réorientation du financement de l’éducation, notamment à partir des nouvelles ressources issues du pétrole et du gaz.
Le diagnostic dressé par l’Union syndicale pour une éducation de qualité (USEC) est sans détour. L’école publique sénégalaise est sous pression. Et, pour l’organisation syndicale, le phénomène ne peut plus être traité à travers les seules revendications liées aux conditions de travail des enseignants.
À Thiès, où elle a tenu aujourd’hui un atelier consacré à la présentation des résultats d’une étude sur le financement et les conditions de l’éducation, l’USEC a choisi de déplacer le débat. Désormais, elle veut poser la question des moyens, de l’équilibre entre public et privé et, surtout, de la capacité de l’État à garantir une école publique accessible et performante.
Le privé gagne du terrain, le public s’essouffle
Déficit d’enseignants, infrastructures insuffisantes ou vieillissantes, capacités d’accueil limitées, perturbations du calendrier scolaire… La liste des difficultés dressées par l’USEC est longue.
À ces contraintes s’ajoute la progression de l’enseignement privé, qui occupe une place de plus en plus importante dans le paysage éducatif.

Pour le coordinateur national de l’USEC, Abdourahmane Gueye, cette évolution doit interpeller les pouvoirs publics. « Il faut changer de paradigme », insiste-t-il, estimant que les syndicats doivent désormais davantage s’appuyer sur des données et des études pour documenter les difficultés du système et peser sur les politiques publiques.
L’organisation cite notamment une étude de la COSYDEP faisant état de 1,5 million d’enfants en âge d’être scolarisés qui ne fréquenteraient pas l’école. Un chiffre qui, s’il est confirmé, donne la mesure du défi. Pour l’USEC, il ne s’agit plus seulement de résoudre les déficits ponctuels, mais de s’interroger sur la capacité globale du système à absorber la demande éducative.
« Nous sommes des adeptes de l’école publique de qualité »
La défense de l’école publique reste au cœur du discours syndical. « Nous sommes des adeptes de l’école publique de qualité », affirme Abdourahmane Gueye. Mais l’USEC entend désormais donner un contenu plus large à cette défense.
Pour l’organisation, il ne suffit plus de réclamer davantage d’enseignants, des infrastructures ou de meilleures conditions de travail. Il faut également s’interroger sur les mécanismes de financement qui permettent de soutenir durablement le système éducatif.
L’organisation prévoit ainsi de poursuivre le travail de documentation, notamment à travers une analyse région par région de la place occupée par le public et le privé. Il s’agira également, selon l’USEC, de comparer les résultats scolaires, les conditions d’apprentissage et les moyens disponibles afin de disposer d’une photographie plus précise du système éducatif national.
Pétrole et gaz : l’USEC veut orienter davantage de ressources vers l’éducation
Derrière le diagnostic, c’est donc la question du financement qui apparaît comme le principal cheval de bataille. Pour M. Gueye, les ressources actuellement consacrées à l’éducation ne permettent pas de résorber les déficits accumulés. Il plaide dès lors pour l’identification de nouvelles sources de financement, en mettant notamment sur la table les revenus attendus de l’exploitation des hydrocarbures.
L’enjeu est clair : faire de l’éducation l’un des secteurs prioritaires dans l’utilisation des nouvelles ressources nationales. Pour eux, l’arrivée du pétrole et du gaz ne doit pas seulement se traduire par de nouveaux investissements dans les infrastructures économiques. Elle doit également permettre de renforcer le capital humain, à travers une école publique mieux financée et capable de répondre aux besoins de la population.
L’USEC prépare son offensive institutionnelle
L’organisation syndicale ne compte pas s’arrêter à cet atelier. Elle annonce une démarche auprès des principales institutions de la République, notamment la Présidence et l’Assemblée nationale, afin de porter son plaidoyer pour un financement plus conséquent de l’éducation.
L’USEC veut également renforcer son ancrage territorial avec la mise en place d’une coordination régionale à Thiès. Cette démarche doit permettre aux syndicats affiliés à l’Internationale de l’Éducation de mieux documenter les réalités locales et de porter un plaidoyer plus structuré.
Au-delà des revendications corporatistes, les syndicalistes veulent ainsi ouvrir un débat plus vaste sur le modèle d’école que le Sénégal veut construire et les moyens qu’il est prêt à y consacrer. Car derrière la progression du privé et les déficits du public se pose une question de fond : comment garantir à chaque enfant, quel que soit son milieu social ou son lieu de résidence, l’accès à une éducation publique de qualité ?
Auteur : A. F




