‎À Diass, le pari de l’excellence scolaire pour préparer les jeunes à l’après-bac

Au Sénégal, obtenir le baccalauréat ne garantit pas toujours une insertion professionnelle. À Diass, dans le département de Mbour, la municipalité veut agir en amont. Samedi, 24 bacheliers ayant décroché une mention ont été récompensés. Mais derrière les ordinateurs offerts et les enveloppes remises aux lauréats, la mairie veut surtout installer une culture de l’excellence et préparer les jeunes à leur avenir professionnel.

‎À première vue, la cérémonie organisée ressemble à une traditionnelle remise de récompenses. Des jeunes fraîchement diplômés, des familles venues les soutenir et des responsables locaux réunis pour célébrer les résultats.

‎Mais pour le maire de Diass, Mamadou Ndione, l’enjeu est ailleurs.

‎Depuis 2020, la commune distingue chaque année ses bacheliers ayant obtenu une mention. Ils étaient six lors de la première édition. Ils sont désormais 24, dont 14 filles et 10 garçons pour l’année 2026.

‎Une progression que l’édile interprète comme le signe d’une émulation croissante dans les établissements scolaires de la commune.

‎« Le nivellement vers le haut est préférable au nivellement vers le bas », insiste Mamadou Ndione. Pour lui, récompenser les meilleurs ne doit pas créer une compétition entre élèves, mais donner envie au plus grand nombre de suivre le même chemin.

Récompenser autrement

‎Cette année, la municipalité a voulu aller au-delà du simple chèque ou du diplôme.

‎Pendant trois jours, les jeunes ont été initiés à la conception et à l’assemblage d’ordinateurs. Une manière de les placer dans une position différente : non plus seulement utilisateurs d’outils numériques, mais acteurs capables de comprendre leur fonctionnement.

‎À l’issue de cette formation, chacun des lauréats est reparti avec des équipements informatiques. Des attestations et une aide financière ont également été distribuées avec le soutien de partenaires.

‎Mais le maire insiste sur un autre aspect de la cérémonie : la rencontre avec des professionnels.

‎Des responsables d’entreprises, des dirigeants et des acteurs de l’entrepreneuriat ont échangé avec les bacheliers sur les études, les métiers et les choix à venir.

‎Pour l’édile de la commune, ces échanges constituent une forme de mentorat. L’objectif est de permettre aux jeunes de disposer, au-delà de leurs diplômes, de repères pour construire leur parcours.

‎Le vrai défi commence après le bac

‎Car à Diass comme ailleurs au Sénégal, la question ne s’arrête pas à l’obtention du baccalauréat. Une fois le diplôme en poche, les jeunes doivent choisir une filière, trouver une formation adaptée ou accéder à l’enseignement supérieur, avec à terme la difficulté de l’insertion professionnelle.

‎C’est précisément sur ce terrain que la municipalité veut renforcer son intervention.

‎Le maire affirme accompagner 500 jeunes dans des formations professionnelles. Les domaines sont variés : logistique, métiers portuaires et aéroportuaires, BTP ou encore agriculture.

‎Pour M. Ndione, la formation professionnelle ne doit plus être considérée comme une voie secondaire.

‎« Le social le plus important au Sénégal, c’est d’aider les jeunes à régler la question de l’employabilité », affirme-t-il.

‎Une vision résumée par une formule devenue son credo : « Éduquer pour former, former pour employer, employer pour développer. »

Quand le secteur privé s’implique

‎La cérémonie repose également sur une mobilisation du secteur privé.

‎Les Ciments du Sahel ont apporté leur soutien à la récompense des 24 bacheliers. Selon Papa Ibra Ndiaye Mbaye, directeur adjoint chargé des ressources humaines de l’entreprise, six millions de francs CFA ont été mobilisés dans le cadre de cette opération.

‎L’entreprise dit également avoir consacré 162 millions de francs CFA, au titre de l’année scolaire 2025-2026, à différentes actions en faveur de l’éducation, notamment au bénéfice d’écoles primaires et de lycées.

‎Pour les autorités locales, cette implication des entreprises est essentielle dans un contexte où les collectivités cherchent à rapprocher l’école du monde professionnel.

Mame Astou Ciss rêve de piloter

‎Parmi les jeunes récompensés, Mame Astou a déjà une idée précise de son avenir : elle veut devenir pilote.

‎Son projet a retenu l’attention du maire. Mamadou Ndione promet de mobiliser les partenaires de la commune pour l’aider à franchir les différentes étapes de cette formation.

‎Il compte également solliciter un membre de sa famille, lui-même pilote dans l’armée de l’air, pour accompagner la jeune femme dans ses choix et lui transmettre son expérience.

‎« À mérite, on l’accompagnera », assure le maire.

‎Le parcours de Mame Astou illustre l’ambition affichée par la commune : ne pas laisser les bacheliers seuls face aux choix qui suivent l’examen.

‎À Diass, la cérémonie de récompense veut donc changer de sens. Célébrer la réussite, certes, mais surtout transformer cette réussite en projet.

‎Pour Mamadou Ndione, les festivités ne doivent être qu’une parenthèse. « La fête, c’est une page qu’il faut tourner maintenant », lance-t-il

‎Pour finir, le premier magistrat de la commune de Diass invite les jeunes à poursuivre leur parcours avec la même exigence, cette fois à l’échelle nationale, africaine et, pourquoi pas, mondiale.

Auteur : A.F