Le président du mouvement Thiès d’abord s’est prononcé, hier, sur plusieurs dossiers liés à la gestion des espaces publics dans la capitale du Rail. S’il reconnaît à la municipalité le droit de réorganiser le domaine public, Me Habib Vitin plaide pour davantage de concertation et une meilleure prise en compte des activités économiques et des emplois concernés.
Le débat sur la gestion des espaces publics se poursuit à Thiès. Lors d’une conférence de presse, hier, le président du mouvement Thiès d’abord, Me Habib Vitin, est revenu sur plusieurs dossiers qui suscitent des réactions dans la ville, notamment ceux de Cadior Glace, Mickey Land, la foire des femmes, les taximen de l’Avenue Caen et Kawsara.
Le responsable politique explique avoir longtemps observé le silence, laissant, selon lui, les acteurs directement concernés porter leurs revendications. Le dossier Cadior Glace l’a toutefois conduit à prendre publiquement position.
Me Vitin précise d’emblée qu’il ne remet pas en cause, dans son principe, le droit de la municipalité à récupérer ou réorganiser des espaces relevant du domaine public. Il reconnaît également aux collectivités territoriales la possibilité de procéder à des aménagements répondant à des objectifs d’intérêt général.
Son désaccord porte sur les modalités de ces opérations et leurs conséquences économiques et sociales. « Récupérer un espace public peut être légitime », a-t-il déclaré, estimant que ces décisions devraient, lorsque les circonstances le permettent, être précédées d’une concertation avec les acteurs concernés et accompagnées de solutions pour les activités appelées à être déplacées.
CADIOR GLACE AU CŒUR DES PRÉOCCUPATIONS
Le dossier Cadior Glace a occupé une place importante dans son intervention. Me Habib Vitin a rappelé que la mairie avait, selon lui, notifié au promoteur, le 1er juin 2023, l’expiration du contrat d’occupation. Il a également évoqué une demande de délai formulée par le promoteur pour procéder au démontage et à l’évacuation du matériel, à laquelle une correspondance municipale datée du 14 juillet 2023 ferait référence.
Le président de Thiès d’abord a ensuite fait état de nouvelles démarches entreprises en 2026, dont une sommation accordant un délai de quinze jours pour libérer les lieux. C’est notamment ce délai qui suscite ses réserves.
Pour lui, le déplacement d’une entreprise ne peut être assimilé à une simple libération d’espace. Il implique la prise en compte des équipements, des stocks, des salariés, des fournisseurs, des contrats et des investissements. « Une entreprise ne se déplace pas comme une table », a-t-il lancé, plaidant pour un délai permettant, en cas de relocalisation, d’organiser le transfert de l’activité.
Le responsable du mouvement Thiès d’abord assure ne pas réclamer de traitement particulier pour Cadior Glace. Il dit plutôt souhaiter une solution permettant de concilier les prérogatives de la Ville avec la continuité de l’activité économique et la préservation des emplois.
L’EMPLOI AU CENTRE DE L’ARGUMENTAIRE
Pour élargir son propos, Me Habib Vitin a replacé le débat dans le contexte de l’emploi au Sénégal. Il a notamment évoqué des données attribuées à l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) sur le chômage, estimant que les décisions affectant les entreprises et les activités économiques doivent également être appréciées au regard de leurs conséquences sur l’emploi. « Créer une entreprise prend des années. La faire disparaître peut prendre quelques jours », a-t-il déclaré.
Selon lui, la disparition ou le déplacement d’une activité peut affecter non seulement le promoteur, mais également les salariés, leurs familles, les fournisseurs et d’autres acteurs qui dépendent indirectement de cette activité.
MICKEY LAND, FOIRE DES FEMMES ET TAXIMEN ÉGALEMENT ÉVOQUÉS
Les dossiers de Mickey Land, de la foire des femmes, des taximen de l’Avenue Caen et de Kawsara ont également été abordés. Le leader politique souligne que ces situations ne présentent pas nécessairement les mêmes caractéristiques juridiques ou économiques. Elles soulèvent néanmoins, selon lui, une question commune : comment réorganiser les espaces publics tout en limitant l’impact sur les activités économiques qui y sont implantées ?
Concernant la foire des femmes, il a insisté sur l’importance de ces espaces pour les commerçantes et entrepreneures. Pour les taximen de l’Avenue Caen, il estime nécessaire de prendre en considération les conséquences des changements envisagés sur leurs conditions de travail et leurs revenus.
À propos de Cadior glace, il a appelé à rechercher un équilibre entre les projets d’infrastructure et les intérêts économiques concernés.
Au-delà de la question des déguerpissements, le président de Thiès d’abord souhaite également davantage de visibilité sur la destination des espaces récupérés. « Lorsqu’un espace doit être récupéré, dites aux Thiessois ce que vous allez en faire », a-t-il déclaré.
Une manière, selon lui, de poser la question de l’information du public sur les projets d’aménagement et leurs conséquences pour les activités installées sur les sites concernés.
VERS UNE MÉDIATION ?
Sur le dossier Cadior Glace, Me Habib Vitin, président du mouvement thies d’abord se dit disposé à jouer un rôle de médiateur entre les différentes parties, si celles-ci y consentent. Il propose ainsi une rencontre entre la municipalité et le promoteur afin d’examiner les possibilités de sortie de crise, notamment autour d’un éventuel délai permettant à l’entreprise de s’organiser en cas de relocalisation. « Je propose le dialogue. Je propose la médiation », a-t-il déclaré.
À travers cette prise de position, le président de Thiès d’abord entend surtout attirer l’attention sur les effets économiques et sociaux que peuvent entraîner les opérations de réorganisation des espaces publics. Une question qui reste sensible dans la capitale du Rail, où les impératifs d’aménagement urbain se confrontent régulièrement aux préoccupations des acteurs économiques.


Auteur : A.F




