Terrorisme et « small » : quand le danger vient aussi de l’intérieur
Par Moustapha DIOP
Président du Parti NIITE, Lampou Askanwi
Il y a des frontières que l’on surveille avec des radars, des patrouilles et des accords decoopération régionale. Et il y a des frontières que l’on ne voit pas; celles qui se dessinent,chaque jour, dans le regard d’un adolescent qui a quitté l’école, dans le silence d’unquartier livré à lui-même, dans le vide laissé par une famille dépassée.
Le Sénégal surveille les premières, à juste titre. Il doit désormais apprendre à regarderles secondes en face.
Notre pays est confronté à un double défi sécuritaire, et le confondre serait une erreur autant que l’ignorer serait une faute. D’un côté, une menace terroriste qui progresse dans notre voisinage régional. De l’autre, un phénomène plus discret mais déjà visible dans nosvilles : le « small », ce banditisme juvénile qui gagne du terrain dans certains espaces urbains et périurbains. Deux réalités distinctes. Une même question, pourtant, s’impose ànous : une partie du danger que nous redoutons à nos frontières n’est-elle pas déjà en trainde se construire à l’intérieur de nos quartiers ?
Le terrorisme : une vigilance qui ne peut s’arrêter à la frontière
La situation sécuritaire de plusieurs États voisins nous rappelle chaque jour que l’Afrique de l’Ouest n’est à l’abri ni de l’expansion des groupes armés, ni des réseaux criminels transnationaux. Porosité des frontières, trafics, mobilité des groupes armés, instabilité decertaines zones : les facteurs de vulnérabilité sont connus, et ils exigent du Sénégal unrenforcement constant de son renseignement, de la surveillance de ses frontières, de sacoopération régionale et des moyens de ses forces de défense et de sécurité.
Mais une politique de sécurité digne de ce nom ne peut pas s’arrêter à la ligne bleue d’une carte. Une Nation peut parfaitement protéger ses frontières tout en laissant se fragiliser,en silence, sa jeunesse. C’est précisément là que réside l’autre danger.
Le « small » : la terreur du quotidien
Dans plusieurs villes et quartiers, des populations vivent désormais avec une peur diffuse et permanente : agressions, violences, vols, actes de banditisme impliquant parfois desjeunes très tôt désocialisés. Ce phénomène ne doit ni être banalisé, ni être instrumentalisé.
Derrière chaque acte de violence, il y a souvent un jeune qui a quitté l’école, un adolescentsans perspective, un enfant livré à lui-même, une famille dépassée, un quartier où les mécanismes traditionnels d’encadrement social se sont progressivement effrités. Réduire toute une jeunesse à ce phénomène serait injuste : la grande majorité des jeunes Sénégalais sont des citoyens honnêtes, courageux, profondément attachés à leur pays. Mais précisément parce que cette jeunesse est notre plus grande richesse, nous devonsnous inquiéter, avec lucidité et sans détour, de la minorité qui décroche et qui peutbasculer dans la violence.
Le véritable enjeu : que faisons-nous de notre jeunesse ?
L’ancien Président Abdoulaye Wade disait : « Dites-moi quelle jeunesse tu as, je te dirais quel peuple tu seras. » Cette phrase devrait aujourd’hui guider chacune de nos politiques publiques.
Que faisons-nous de l’adolescent qui abandonne l’école ?
Que faisons-nous du jeune qui ne trouve ni formation, ni emploi, ni activité ?
Que faisons-nous de celui qui grandit dans un environnement où la violence devient unenorme ?
Que faisons-nous de celui qui passe ses journées dans la rue, sans encadrement familial,éducatif, sportif ou professionnel ?
Nous devons avoir le courage de poser ces questions. Car un jeune sans perspective n’est pas seulement un problème social : il peut devenir un problème de sécurité. Pire, il peutdevenir une vulnérabilité que des réseaux criminels ou extrémistes sauront exploiter.
Le terrorisme se combat aussi avant qu’il ne naisse
Nous avons trop souvent tendance à ne penser la lutte contre le terrorisme que sous l’anglemilitaire et sécuritaire. Cette dimension est indispensable. Elle ne suffit pas.
Un jeune qui bénéficie d’une éducation solide, d’une formation professionnelle, d’un emploi, d’un environnement familial stable, d’une activité sportive et d’un sentiment d’appartenance à sa communauté est un jeune moins vulnérable aux discours de haine, à la criminalité organisée et aux entreprises de manipulation. La prévention du terrorisme commence donc aussi à l’école, dans la famille, dans les quartiers, sur les terrains de sportet dans les centres de formation.
La sécurité nationale ne se construit pas seulement avec des armes, des frontières surveillées et des services de renseignement. Elle se construit tout autant avec des écoles,des emplois, des centres de formation, des infrastructures sportives, une justice efficaceet une jeunesse qui croit encore en son avenir.
Changeons de paradigme
Il est temps de sortir d’une vision où sécurité et développement seraient deux politiques séparées. Elles sont, en réalité, intimement liées. Une ville où les jeunes n’ont aucune perspective devient plus vulnérable à la délinquance. Un territoire où les services publics sont faibles devient plus vulnérable aux trafics. Une jeunesse désœuvrée devient plus vulnérable aux réseaux criminels. Une société où l’injustice et l’impunité s’installent durablement perd, peu à peu, ses défenses immunitaires.
C’est pourquoi la lutte contre le « small » doit être globale, et associer sans exception : forces de défense et de sécurité, collectivités territoriales, écoles et établissements deformation, familles, associations, mouvements de jeunesse, éducateurs, acteurs religieux et communautaires, secteur privé et naturellement l’État, dans toutes ses composantes.
Donnons une mission à la jeunesse
Notre réponse ne peut pas être uniquement répressive. Il faut évidemment sanctionner lesactes criminels et protéger les populations. Mais il faut aussi prévenir, réinsérer et donner une seconde chance à ceux qui peuvent encore être récupérés : multiplier les programmesde formation professionnelle, les activités sportives, l’apprentissage des métiers, les initiatives entrepreneuriales et les dispositifs d’accompagnement des jeunes en rupture. Il faut aussi mieux valoriser les métiers de la défense, de la sécurité, de la protection civile et du service national, comme espaces de discipline, de formation et de citoyenneté.
Une jeunesse à qui la Nation donne une mission est une jeunesse qui a une raison.
Le danger est peut-être plus intérieur qu’extérieur
Nous surveillons légitimement nos frontières, parce que nous savons que le danger peutvenir de l’extérieur. Mais surveillons-nous suffisamment les fractures qui se développent à l’intérieur de notre propre société ? Si nous consacrons toute notre énergie à combattre les conséquences sans jamais traiter les causes, nous courrons indéfiniment derrière le problème.
Le terrorisme peut traverser une frontière. La désespérance, elle, n’en a pas besoin.
Elle naît dans nos quartiers, nos familles, nos écoles, nos territoires. Et lorsqu’elle rencontre la criminalité organisée, les trafics, la drogue ou les idéologies violentes, ellepeut devenir une menace majeure pour la stabilité nationale.
Le Sénégal doit choisir l’anticipation
Nous ne devons pas attendre que le « small » devienne un phénomène incontrôlable pouragir. Nous ne devons pas attendre qu’un jeune désœuvré devienne délinquant pour nous intéresser à lui. Nous ne devons pas attendre qu’une menace terroriste s’installe sur notreterritoire pour renforcer notre prévention. La meilleure politique sécuritaire est celle qui anticipe.
Anticiper, c’est investir dans la jeunesse.
Anticiper, c’est maintenir les enfants à l’école.
Anticiper, c’est développer la formation professionnelle et créer des emplois.
Anticiper,c’est construire des terrains de sport et des espaces culturels.
Anticiper, c’est renforcerla présence de l’État dans les quartiers vulnérables.
Anticiper, c’est aussi donner à nos forces de défense et de sécurité les moyens humains, matériels et technologiques dontelles ont besoin.
Notre jeunesse ne doit pas être une menace : elle doit être notre première ligne dedéfense
Le Sénégal dispose d’une jeunesse exceptionnelle, par son énergie, sa créativité et sa capacité de résilience. Nous devons refuser de la regarder uniquement sous l’angle durisque. Elle doit devenir notre première force de développement et, par son engagement citoyen, notre première ligne de défense contre toutes les formes de déstabilisation.
C’est pourquoi le Parti NIITE, Lampou Askanwi appelle à une véritable politique nationalede prévention, d’éducation, de formation, d’insertion et de citoyenneté, pleinement intégrée à notre stratégie globale de sécurité nationale.
Car la question n’est plus seulement : « Comment empêcher le terrorisme d’entrer au Sénégal ? » Il faut aussi se demander : « Comment construire un Sénégal assez fort, juste et inclusif pour que notre jeunesse ne devienne jamais le terreau des menaces quipourraient déstabiliser la Nation ? »
La réponse à cette question déterminera, pour une large part, le Sénégal de demain. Protéger nos frontières est une nécessité.
Protéger notre jeunesse est une urgence.
Protéger les deux, c’est défendre la Nation.
Moustapha DIOP
Président du Parti NIITE, Lampou Askanwi
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