À Thiès, les solutions fondées sur la nature prennent le relais dans la lutte contre les inondations

Face à la recrudescence des inondations, Thiès expérimente une nouvelle approche d’adaptation au changement climatique. Réunis ce lundi au CEDAF, acteurs communautaires, collectivités territoriales et partenaires techniques ont partagé les premiers résultats du projet PRECABE, qui mise sur les solutions fondées sur la nature pour protéger les populations tout en créant des activités génératrices de revenus.

En pleine saison des pluies, période où plusieurs quartiers de Thiès sont régulièrement confrontés aux inondations, le Centre départemental d’assistance et de formation pour la femme (CEDAF) a accueilli hier un atelier de structuration et de capitalisation consacré aux solutions fondées sur la nature. Organisée dans le cadre du projet PRECABE, la rencontre a réuni des femmes, des jeunes, des délégués de quartier, des collectivités territoriales ainsi que les partenaires techniques engagés dans la lutte contre les effets du changement climatique.

Pendant trois jours, les participants vont étre formés aux techniques de culture hors-sol, de pépinières et d’aménagements écologiques destinés à mieux gérer les eaux pluviales et à renforcer les moyens de subsistance des communautés.Le projet est mis en œuvre par un consortium composé de l’École polytechnique de Thiès (EPT), de l’ONG Practical Action et du réseau GIPS/WAR (Groupe d’initiatives pour le progrès social – West Africa Region).

Ouvrant les travaux, la directrice exécutive de GIPS/WAR, Julie Cissé, a expliqué que l’approche développée dans le cadre du projet repose sur la valorisation des solutions fondées sur la nature, issues des travaux scientifiques conduits par les chercheurs de l’École polytechnique de Thiès. Elle a notamment rappelé que l’expertise technique des ouvrages a été réalisée par l’ingénieure civile Rokhaye Faye Ngom, dont les études ont permis d’identifier des aménagements adaptés aux réalités des quartiers exposés aux inondations.

Selon Julie Cissé, l’ambition est de rendre accessibles aux populations les résultats de la recherche scientifique afin qu’elles puissent s’approprier des solutions simples, efficaces et durables. Depuis plusieurs mois, des équipes communautaires des quartiers de Mbour 3, Diakhao, Thialy, Nguinth, Sampathé et Médina Fall travaillent avec les collectivités territoriales pour identifier les zones les plus vulnérables et mettre en œuvre des aménagements favorisant l’infiltration des eaux de pluie.

Les interventions portent notamment sur la création de jardins de pluie, la végétalisation d’espaces sensibles, la réhabilitation d’anciens dépotoirs sauvages et le développement de l’agriculture urbaine.

Au-delà de la réduction des risques d’inondation, ces aménagements ouvrent également des perspectives économiques pour les femmes et les jeunes grâce à des activités génératrices de revenus.

Prenant la parole à son tour, la directrice nationale du Centre national d’assistance et de formation pour la femme (CENAF), Ndèye Gnilane Faye Sarr, s’est réjouie du choix porté sur le CEDAF de Thiès pour accueillir cette initiative en pleine période hivernale.

« Thiès est une zone particulièrement exposée aux inondations. Le fait que cette innovation soit expérimentée ici constitue une excellente nouvelle pour les communautés, notamment pour les femmes », a-t-elle déclaré.

Elle a souligné que les ouvrages réalisés ne servent pas uniquement à retenir ou infiltrer les eaux pluviales. Ils permettent également d’aménager des jardins où sont cultivés légumes et plantes aromatiques, offrant ainsi une réponse concrète aux difficultés d’approvisionnement des ménages pendant l’hivernage.

Considérant cette expérience comme une bonne pratique, Mme Faye Sarr a annoncé sa volonté de promouvoir sa réplication dans les treize CEDAF du Sénégal afin de renforcer la résilience des communautés face aux effets du changement climatique.

À travers le projet PRECABE, les partenaires entendent démontrer qu’une gestion écologique des eaux pluviales peut, à la fois, réduire les risques d’inondation, restaurer les écosystèmes urbains et contribuer durablement à l’autonomisation économique des populations les plus vulnérables.

Auteur : A.F