PETROSEN au cœur du débat sur la concurrence
L’exploitation des ressources pétrolières et gazières du Sénégal ouvre une nouvelle bataille économique : celle de la place réelle du secteur privé national dans cette industrie stratégique. Alors que l’État affiche son ambition de développer l’investissement local dans la chaîne de valeur des hydrocarbures, les opérateurs privés posent déjà leurs conditions pour ne pas rester de simples spectateurs.
Lors de l’atelier national sur la promotion de l’investissement local dans les opérations pétrolières et gazières, organisé par le ministère du Pétrole et des Énergies, les acteurs économiques ont mis sur la table les défis liés à l’implication du capital sénégalais dans ce secteur à fort potentiel.
Mais, au-delà des opportunités annoncées, une interrogation traverse les échanges : l’État doit-il être à la fois régulateur, actionnaire et opérateur commercial ?
C’est sur cette question que Maguéye Badiane, président de l’Union nationale des patrons d’entreprises du Sénégal (UNPES), a choisi d’interpeller les autorités.
Selon lui, la présence de PETROSEN dans certaines activités commerciales, notamment la distribution des produits pétroliers, le développement des stations-service et la production de gaz butane, mise en place sous le régime précédent, à l’époque de l’ancien directeur général, Manar Sall, risque de créer une concurrence déséquilibrée avec les entreprises privées déjà implantées dans ces secteurs. « L’État doit accompagner le secteur privé, pas venir lui faire concurrence », a-t-il défendu lors de son intervention.
Pour le président de l’UNPES, le problème ne se situe pas dans l’existence d’une entreprise publique stratégique dans le domaine des hydrocarbures, mais dans son positionnement sur des segments où des opérateurs privés investissent, créent des emplois et contribuent aux recettes publiques.
La question posée par Maguéye Badiane renvoie à un vieux débat économique : jusqu’où l’État doit-il intervenir dans les secteurs marchands ?
À travers PETROSEN, l’État entend jouer un rôle majeur dans la souveraineté énergétique du pays. Mais, pour les organisations patronales, cette intervention ne doit pas se transformer en concurrence directe avec les entreprises nationales.
Le président de l’UNPES estime que PETROSEN doit rester un outil stratégique, chargé de l’accompagnement technique, de l’expertise et de l’appui à la politique énergétique nationale. Pour les activités commerciales, il propose une autre approche : permettre au secteur privé national d’occuper cet espace. Deux options sont avancées par Maguéye Badiane : soit un retrait de l’État de ces activités, soit une ouverture du capital aux entreprises privées afin qu’elles puissent devenir des partenaires majeurs, voire des actionnaires majoritaires.
Cette formule permettrait, selon lui, de maintenir l’expertise publique tout en donnant au privé sénégalais la possibilité d’investir davantage dans une industrie appelée à transformer l’économie nationale.
M. Badiane a également appelé le directeur général de PETROSEN et les autorités étatiques à engager des concertations avec le secteur privé afin d’aboutir à une solution consensuelle permettant aux entreprises privées de poursuivre et de développer ce projet.
L’autre enjeu soulevé par le président de l’UNPES concerne le contenu local. Pour lui, la réussite du pétrole et du gaz ne se mesurera pas seulement aux volumes produits ou aux recettes générées par l’État, mais aussi à la capacité des entreprises sénégalaises à capter une partie de cette richesse. Car, derrière la question de la concurrence, se cache celle de l’emploi.
Maguéye Badiane estime qu’un secteur privé national fort est indispensable pour absorber une partie de la demande d’emploi, notamment chez les jeunes. Selon lui, si les entreprises privées sont fragilisées par une concurrence publique, leur capacité d’investissement et de recrutement pourrait diminuer. « Le développement du secteur privé est directement lié à la création d’emplois. Si les entreprises grandissent, elles recrutent ; si elles sont freinées, c’est toute l’économie qui en souffre », a-t-il soutenu.
Malgré ses préoccupations, Maguéye Badiane affiche sa confiance dans la volonté des autorités d’instaurer un nouveau cadre de collaboration avec les investisseurs nationaux. Il mise notamment sur le ministre du Pétrole et des Énergies, dont il rappelle le passage dans les milieux patronaux et de l’investissement avant son entrée au gouvernement.
Pour le président de l’UNPES, cette expérience constitue un atout pour comprendre les contraintes des entreprises et construire une politique énergétique qui associe pleinement le secteur privé national.
L’enjeu est désormais posé : comment faire du pétrole et du gaz sénégalais un accélérateur de développement pour l’État, tout en permettant aux entreprises privées nationales de devenir de véritables acteurs de cette nouvelle économie ?
Auteur : A.F




