Maître Habib Vitin a appelé, mercredi, les jeunes Thiessois à davantage s’investir dans la formation professionnelle et l’entrepreneuriat, à l’issue d’une session de formation ayant concerné 200 jeunes, dont deux GIE ont reçu du matériel de pâtisserie évalué à environ 700 000 francs CFA.
La cérémonie de clôture de cette formation de quinze jours a été marquée par la remise d’équipements destinés à permettre aux bénéficiaires de mettre en pratique les connaissances acquises et de développer des activités génératrices de revenus.
Selon Maître Habib Vitin, les bénéficiaires ont fait preuve de détermination en participant à la formation malgré les contraintes liées à la chaleur et à l’hivernage.
« Aujourd’hui, nous avons clôturé 15 jours de formation pour 200 jeunes Thiessois. Ce sont des jeunes qui ont tout abandonné, qui ont bravé la chaleur et les contraintes de l’hivernage, et qui ont mis de côté leurs activités de loisirs pour apprendre aujourd’hui un véritable métier », a-t-il déclaré.
Pour le leader du mouvement thiés d’abord, l’acquisition d’une compétence professionnelle doit permettre aux jeunes de disposer de moyens supplémentaires pour accéder à l’emploi ou créer leur propre activité.
Deux GIE ont ainsi bénéficié de matériel de pâtisserie, pour une valeur annoncée d’environ 700 000 francs CFA. L’objectif affiché est de faciliter le passage de la formation à l’activité économique.
La formation au cœur du débat
Cette initiative intervient dans un contexte national marqué par d’importantes difficultés d’insertion professionnelle des jeunes.
Selon lui, le taux de chômage élargi s’est établi à 22,9 % au premier trimestre 2026, contre 21,7 % un an auparavant. Il atteint 28,4 % chez les jeunes âgés de 15 à 34 ans, contre 16,8 % chez les adultes.
Le poids démographique de cette catégorie d’âge constitue également un enjeu majeur. Les moins de 35 ans représentaient 75 % de la population résidente du Sénégal en 2023, d’aprés Maître Vitin
Dans ce contexte, il estime que la formation professionnelle doit occuper une place importante dans les stratégies d’insertion des jeunes.
Son intervention a également porté sur les activités exercées par de nombreux jeunes pour assurer leur subsistance, notamment le transport à moto.
Sans remettre en cause la dignité de ces activités, il invite les jeunes diplômés et ceux ayant déjà reçu une formation à envisager leur parcours professionnel dans une perspective plus durable.
« La valeur d’un homme et d’une femme, c’est ce qu’il y a dans sa tête et ce qu’il est capable de faire », a-t-il déclaré.
L’intervenant a également appelé les jeunes à revoir certaines priorités dans un contexte économique difficile.
« Ne vous trompez pas de priorité », a-t-il lancé, estimant que l’investissement dans la formation et l’acquisition d’un métier devraient occuper une place centrale dans les projets des jeunes.
Il les a par ailleurs exhortés à éviter la consommation de substances susceptibles de compromettre leur santé, leurs ressources et leurs perspectives professionnelles.
« La réussite n’est pas dans la fumée, la réussite n’est pas dans la bouteille. La réussite est dans l’effort », a-t-il soutenu.
L’État et les collectivités également interpellés
Pour Maître Habib Vitin, la question de l’emploi des jeunes ne relève toutefois pas de la seule responsabilité des intéressés.
L’État, les collectivités territoriales et les autres acteurs économiques doivent également, d’aprés lui, contribuer à créer un environnement favorable à la formation, à l’entrepreneuriat et à la création d’emplois.
Ainsi les mairies sont aussi invitées à renforcer les dispositifs locaux destinés aux jeunes, à travers la formation professionnelle, la mise en place d’ateliers, l’accès au financement et la disponibilité d’équipements adaptés.
Le president du mouvement thiés d’abord plaide également pour un meilleur suivi des programmes de formation et des financements accordés aux jeunes.
Il estime que les dispositifs d’accompagnement doivent faire l’objet d’une évaluation permettant de mesurer le nombre de bénéficiaires effectivement formés, les activités créées et les résultats obtenus après l’accompagnement.
La commande publique locale a également été évoquée comme un moyen de soutenir l’activité économique à Thiès.
Maître Habib Vitin appelle les collectivités à mieux prendre en compte les compétences et les entreprises présentes sur leur territoire, dans le respect des règles applicables à la commande publique.
Selon lui, les investissements réalisés par les collectivités peuvent ainsi contribuer à soutenir les entreprises locales et, indirectement, favoriser la création d’emplois.
Cette question renvoie plus largement à celle de la capacité des territoires à faire bénéficier leur économie locale des investissements publics qui y sont réalisés.
« C’est le développement de Thiès que nous soutenons »
Revenant sur son initiative en faveur des jeunes, Maître Habib Vitin l’inscrit dans une perspective plus large de développement local.
« Toute initiative, toute action qui va dans ce sens, c’est la République du Sénégal que nous soutenons. C’est le Sénégal que nous construisons, mais c’est surtout le développement de Thiès que nous soutenons », a-t-il déclaré.
Pour les bénéficiaires, la remise des équipements constitue désormais une étape supplémentaire après la formation.
Le véritable enjeu sera leur capacité à transformer les compétences acquises et les moyens mis à leur disposition en activités économiques durables.
À travers cette initiative, le débat sur l’insertion des jeunes se trouve ainsi posé sous un double angle : la nécessité de renforcer les dispositifs publics et privés d’accompagnement, mais aussi celle de permettre aux jeunes de disposer de compétences, d’équipements et de perspectives leur donnant les moyens de construire leur propre activité.
À Thiès comme dans les autres territoires, la question demeure donc celle du passage de la formation à l’emploi, puis de l’emploi à une véritable autonomie économique.
Auteur : A.F




