INDUSTRIES EXTRACTIVES : LE FRONT SOCIAL S’ORGANISE À THIÈS

Travailleurs, populations affectées, collectivités et acteurs du dialogue social veulent peser sur la gouvernance minière. À Thiès, les revendications se cristallisent autour d’un même impératif : produire, investir et créer des emplois sans sacrifier les territoires.

Le ton monte autour des industries extractives. Dans la capital du rail, les acteurs sociaux veulent désormais être associés avant, et non après, l’implantation des projets industriels et miniers. Réunis autour de la promotion d’une industrie verte et inclusive, syndicats, collectivités territoriales et représentants des communautés affectées ont plaidé pour un dialogue permanent avec l’État et les entreprises.

Pour Mamadou Mbodj, secrétaire général de l’Union régionale de la CNTS de Thiès, l’enjeu est de construire des économies vertes capables de générer des emplois tout en garantissant les droits des travailleurs, la sécurité des populations et la protection de l’environnement.

Mais derrière la promesse d’emplois, les représentants des communautés posent une autre question : combien d’activités disparaissent lorsque les projets miniers s’installent ?

« Nous perdons aussi nos emplois »

Demba Fall Diouf, président du Réseau national des personnes affectées par les opérations minières, dénonce une approche qui mesurerait essentiellement les bénéfices des entreprises sans comptabiliser les pertes subies par les populations.

Agriculteurs et éleveurs, explique-t-il, sont eux-mêmes des acteurs économiques. Lorsque leurs terres disparaissent sous l’emprise des projets, ce sont aussi leurs moyens de subsistance qui sont affectés.

Il réclame notamment une révision du système d’indemnisation des personnes affectées, estimant que les mécanismes actuels ne correspondent plus aux réalités économiques du pays. Il plaide également pour davantage de transparence dans la gouvernance des ressources minières et pour une meilleure association des communautés aux retombées de l’exploitation.

Autre point de crispation : la sécurité. La proximité entre certains villages et les zones d’exploitation ou les axes empruntés par les véhicules des entreprises constitue, selon les représentants des populations, un risque qui doit être pris en compte.

Le dialogue comme ligne de défense

Pour Ndeye Nar Béye, représentante du Haut Conseil du dialogue social, l’initiative ouvre une voie pour prévenir les conflits dans les territoires où cohabitent populations, travailleurs et entreprises extractives.

Même position du côté des collectivités. Lamine Diakité, adjoint au maire de Mboro et représentant de l’Amicale des maires de Méouane, rappelle que les communes sont en première ligne face aux conséquences environnementales et sociales des activités minières.

L’objectif est désormais de mettre en place un cadre permanent de dialogue multiacteur, capable de porter les préoccupations des populations auprès de l’État et des entreprises.

Car le véritable défi n’est plus seulement de savoir combien d’emplois une mine peut créer. Il est aussi de mesurer combien de terres, d’activités et de moyens de subsistance elle peut faire disparaître.

À Thiès, les acteurs sociaux veulent donc changer le rapport de force : pas d’industrialisation durable sans dialogue, pas d’économie verte sans justice sociale et pas de développement minier au détriment des territoires.

Auteur : A.F