À Thiès, plus de 200 enfants ont été initiés à l’informatique lors de la deuxième édition du programme mené par l’association humanitaire et culturelle CARIDAD – Citoyen du Monde. Une initiative locale qui soulève une question d’ampleur nationale : alors que le numérique transforme en profondeur l’économie, l’éducation et les métiers, comment le Sénégal prépare-t-il sa jeunesse à relever ce défi ?
Anticiper la mutation du monde du travail
Aujourd’hui, les technologies s’imposent dans tous les secteurs. Pour les enfants scolarisés, le monde professionnel de demain sera radicalement différent de celui de leurs parents.
À Thiès, cette transformation s’incarne déjà dans les salles de classe. En familiarisant ces 200 enfants aux outils informatiques, CARIDAD entend les armer pour un avenir où la maîtrise technologique sera déterminante.
Pour Ayouba Sow, président de l’association, l’urgence est manifeste : « Aujourd’hui, nous entrons dans une phase où l’outil numérique prime. »
Riche de son expérience en France, où l’initiation informatique débute dès le plus jeune âge, il estime que le Sénégal doit adopter la même dynamique. « Ce n’est pas parce qu’on n’est pas outillé aujourd’hui qu’on ne peut pas se donner les moyens de le devenir », affirme-t-il. L’accès au numérique ne doit plus être l’apanage des étudiants ou des professionnels : il doit s’intégrer dès les premières étapes de l’apprentissage.Aller au-delà du simple équipement : la maîtrise et la responsabilité
L’initiative de CARIDAD met en lumière un enjeu central : la compétence. Posséder un smartphone, un ordinateur ou une connexion Internet ne suffit pas. Les jeunes doivent apprendre à maîtriser ces outils, à en saisir les opportunités comme les limites, à rechercher l’information, puis à créer et innover.
Ayouba Sow insiste également sur l’importance de l’encadrement face aux dérives : « Il y a une véritable méthodologie et des précautions à adopter. » C’est pourquoi l’association associe l’apprentissage technique à une sensibilisation aux risques du virtuel.
Mamadou Wade : « L’avenir du Sénégal réside dans le numérique »
Parrain de cette édition, Mamadou Wade, directeur de l’École polytechnique de Thiès (EPT), perçoit cette formation comme un investissement stratégique à long terme. « Quand on parle de développement, les enfants sont la clé. Mais on ne peut développer un pays sans investir directement en eux », souligne-t-il.
Une vision dictée par la réalité du marché de l’emploi : la quasi-totalité des métiers de demain exigera une maîtrise du numérique. La question n’est donc plus de savoir s’il faut former les jeunes, mais à quel moment et avec quelle ambition commencer.
Le directeur de l’EPT appelle ainsi les autorités éducatives à refondre les programmes. Si les disciplines traditionnelles restent fondamentales, elles doivent être contextualisées et faire une place centrale à l’innovation et aux nouvelles technologies.
« L’avenir du Sénégal se trouve dans le numérique », soutient-il.
Une telle ambition nécessite toutefois des moyens : équiper les établissements, former les enseignants, garantir un accès équitable aux outils, accompagner les familles et adapter continuellement le système éducatif.
Former des acteurs, pas de simples consommateurs
Pour le Sénégal, le défi est colossal. Sa démographie jeune constitue un atout majeur, à condition d’offrir à cette jeunesse les compétences requises par l’économie mondiale. Si le numérique est un formidable levier d’emploi, d’entrepreneuriat et d’innovation, il risque aussi d’accroître les fractures sociales entre ceux qui maîtrisent la technologie et ceux qui en sont exclus.
À Thiès, le projet de CARIDAD dépasse le cadre d’un simple cérémonie de remise d’attestation : il interpelle tout un pays. Le Sénégal souhaite-t-il seulement subir la révolution numérique ou donner à sa jeunesse les moyens d’en devenir un acteur majeur ?
Auteur : La Rédaction




