À Thiès, 34 représentants de collectivités, d’associations de personnes handicapées et d’ONG viennent d’être formés pendant quatre jours pour mieux intégrer les besoins des personnes handicapées dans les décisions et les budgets locaux. Une démarche encore loin d’être une évidence.
Une rampe d’accès qui manque à l’entrée d’un bâtiment public. Un équipement difficilement utilisable. Un service pensé pour tous, mais pas réellement accessible à ceux qui vivent avec un handicap. Derrière ces situations se cache souvent la même difficulté : les besoins des personnes handicapées ne sont pas toujours intégrés au moment où les collectivités décident de leurs investissements.
C’est précisément sur ce terrain qu’entend agir une session de formation organisée cette semaine à Thiès. Pendant quatre jours, 34 participants ont été réunis autour d’un sujet encore peu visible dans les débats budgétaires locaux : le budget participatif sensible au handicap.
La session, organisée par le Projet d’appui à la réforme de la formation professionnelle (RéFoP), en collaboration avec l’Association des anciens pensionnaires de l’Institut des jeunes aveugles du Sénégal (AAPIJAS), avec l’appui de la GIZ, a réuni des représentants de collectivités territoriales, des personnes aveugles et malvoyantes ainsi que des membres d’ONG.
« Il faut renforcer ceux qui mettent les droits en œuvre »
Pour les responsables de l’AAPIJAS, le problème ne se résume pas à l’existence de droits. Encore faut-il que ceux qui élaborent et exécutent les politiques publiques sachent comment les appliquer aux réalités des personnes handicapées.
Le constat dressé par l’association est sans détour : les politiques publiques sont encore trop souvent mises en œuvre sans tenir suffisamment compte des besoins spécifiques de cette partie de la population. D’où l’importance accordée aux collectivités territoriales.
Éducation, santé, action sociale, jeunesse, culture, environnement, planification…
Plusieurs de ces secteurs relèvent directement de leurs compétences. « Avant de parler de la mise en œuvre des droits, il faut renforcer ceux qui sont censés les mettre en œuvre », a indiqué Djiby Pam, président de l’AAPIJAS.
L’idée selon lui est donc de faire entrer le handicap dans la discussion avant que les choix soient arrêtés : lors de la programmation, de la planification des investissements et de la préparation des budgets.

Une question de budget, mais aussi de béton
La formation ne s’est pas limitée aux questions budgétaires. Les participants ont également travaillé sur les notions liées au handicap, l’inclusion et surtout l’accessibilité universelle. Car une politique inclusive ne se mesure pas seulement dans les documents administratifs. Elle se vérifie aussi sur le terrain.
Lorsqu’une commune construit un bâtiment, une infrastructure ou un équipement destiné au public, les normes d’accessibilité doivent permettre aux personnes handicapées d’y accéder et d’utiliser les services proposés. Autrement dit, pour les promoteurs de la formation, il ne s’agit plus de penser l’accessibilité une fois l’ouvrage terminé. Elle doit être prévue dès sa conception.
Thiès choisi pour tester la méthode
L’expérience menée dans le département de Thiès se veut pilote. Plusieurs collectivités ont été associées à la démarche. Certaines ont notamment envoyé un élu accompagné d’une personne en situation de handicap.
Une formule qui doit permettre de faire le lien entre la formation et la réalité des communes, mais aussi de suivre ce qui sera effectivement mis en œuvre après les sessions.
Pour Amadou Dème, conseiller technique en pilotage et gestion des systèmes de formation professionnelle à la GIZ, l’objectif est de renforcer l’inclusion dans les politiques conduites au niveau territorial.
Le RéFoP accompagne par ailleurs l’AAPIJAS depuis près de quatre ans. Une feuille de route est mise en œuvre pour renforcer le développement organisationnel de l’association.
La formation et les précédentes activités devront être évaluées afin de mesurer les résultats obtenus.
À Thiès, le message des organisateurs est de rappeler aux collectivités que les personnes handicapées veulent aussi avoir leur mot à dire sur la manière dont leur avenir est construit.
Auteur : A.F




