CHEMIN DE FER : MOUHAMADOU BADJI RÉCLAME LA DIRECTION DES CFS

Fils de cheminot et président du mouvement les Avocats du Rail, Mouhamadou Badji veut désormais passer du constat à l’action. Très critique envers la gestion actuelle des Chemins de fer du Sénégal (CFS), il réclame ouvertement la direction de l’entreprise et assure disposer, avec les compétences du secteur, des moyens humains nécessaires pour engager une véritable relance du rail sénégalais.

Le chemin de fer sénégalais est à nouveau au cœur du débat. Cette fois, la contestation vient d’un homme qui revendique une histoire familiale directement liée au rail. Fils de cheminot, président du mouvement des Avocats du Rail et consultant en communication, Mouhamadou Badji ne mâche pas ses mots lorsqu’il évoque l’état actuel du secteur.

Reçu samedi à Diourbel par le ministre Moussa Balla Fofana, il a livré sa lecture de la situation du rail, de la privatisation de 2003 à la gestion actuelle des CFS. Mais au-delà du diagnostic, Badji affiche désormais une ambition : prendre la direction des CFS pour conduire leur relance.

La privatisation de 2003, le début de la rupture

Pour M. Badji, les difficultés actuelles du chemin de fer trouvent une partie de leur origine dans les choix opérés au début des années 2000.

Il revient notamment sur la privatisation de la Société nationale des chemins de fer du Sénégal (SNCS), intervenue en 2003. Une décision dont il conteste encore aujourd’hui les fondements.

« Comment une société qui faisait plus de quatre milliards de francs CFA par mois en 2000 pouvait-elle être en faillite trois ans plus tard ? », s’interroge-t-il.

Selon lui, la dégradation rapide de la situation financière de l’entreprise mérite d’être interrogée.

Il soutient que la baisse de l’activité aurait contribué à créer les conditions permettant de justifier la privatisation. Une accusation lourde, que le président des Avocats du Rail présente comme son analyse de l’histoire récente du secteur.Il estime surtout que cette période a laissé des séquelles profondes : contentieux non réglés, familles de cheminots fragilisées et infrastructures progressivement dégradées.

La direction actuelle sévèrement critiquée

Mais c’est la gestion actuelle des CFS qui concentre désormais l’essentiel de ses critiques.

Mouhamadou Badji juge que la direction en place n’a pas, selon lui, démontré les capacités nécessaires pour conduire une relance durable du chemin de fer.Il pointe notamment la question de la sécurité autour des voies ferrées, particulièrement à Thiès.

Le décès d’un enfant sur les rails constitue, à ses yeux, un avertissement qui ne devrait pas être pris à la légère.

Selon Badji, la sécurisation des emprises ferroviaires, la gestion des passages à niveau et la protection des populations riveraines doivent figurer parmi les priorités immédiates.

Mais derrière ces critiques se trouve une question plus politique et stratégique : qui doit conduire la relance du chemin de fer sénégalais ?

Sur ce point, le président des Avocats du Rail ne reste pas dans le flou.

Badji revendique la direction des Chemin de Fer du Sénégal

La revendication est assumée. Le consultant en communication estime que la relance du rail nécessite des profils connaissant réellement le secteur et capables de mobiliser les compétences disponibles.

Il dit vouloir mettre son expérience et celle des acteurs du rail au service d’une nouvelle dynamique.

Pour lui, le Sénégal ne manque ni de compétences ni de mémoire ferroviaire. D’anciens cheminots, des techniciens et des professionnels disposent encore d’une connaissance précieuse du fonctionnement du réseau.

« Les Avocats du Rail » entendent ainsi se positionner dans le débat sur l’avenir du secteur.

L’ambition affichée ne consiste pas uniquement à remettre quelques trains sur les rails. M. Badji défend une vision plus globale : modernisation des gares, amélioration de la sécurité, développement du transport de marchandises et desserte de nouvelles villes.

Thiès, le symbole d’un patrimoine en déclin

À Thiès, capitale historique du rail, son discours prend une dimension particulière.

Le chemin de fer a longtemps constitué l’un des piliers économiques et sociaux de la ville. Des générations de familles ont vécu directement ou indirectement de l’activité ferroviaire.

Aujourd’hui, Badji déplore l’éloignement progressif entre les CFS et la capitale du Rail.

Il regrette notamment ce qu’il considère comme une faible implication de l’entreprise dans les initiatives locales et les actions de responsabilité sociétale.

Pour mesurer le chemin parcouru, il replonge dans les souvenirs des années 1970. Il évoque notamment une bibliothèque ferroviaire qui accompagnait le train entre Dakar et Saint-Louis. Les voyageurs pouvaient y consulter des ouvrages, les emprunter et les restituer lors d’un passage ultérieur.

D’aprés lui, cette anecdote illustre une époque où le chemin de fer occupait une place beaucoup plus large dans la vie économique et sociale du pays.

« Nous avons tout sauf un véritable chemin de fer »

Mouhamadou Badji fait un constat sans appel. « Nous avons tout sauf un véritable chemin de fer », soutient-il.

Une formule qui résume, selon lui, le paradoxe d’un Sénégal disposant d’une histoire ferroviaire riche, de compétences et d’un potentiel économique important, mais incapable de tirer pleinement profit de son réseau.

Le président des Avocats du Rail veut donc rompre avec la nostalgie.

Il plaide pour un chemin de fer capable de jouer pleinement son rôle dans le transport des personnes et des marchandises, mais également dans le désengorgement des routes et le développement des territoires.

Une revendication désormais sur la tableEn réclamant la direction des CFS, Mouhamadou il franchit un nouveau palier.

Jusqu’ici, son mouvement s’était surtout illustré par ses prises de position sur la situation du rail et par ses appels à la sauvegarde du patrimoine ferroviaire.

Désormais, il avance également une réponse à la question de la gouvernance.

Son message aux autorités est clair : la relance du chemin de fer passe, selon lui, par un changement de méthode, de vision et de leadership.Reste à savoir si cette revendication trouvera un écho auprès des autorités.

Une chose est certaine : Mouhamadou Badji ne veut plus seulement regarder le train passer. Il veut désormais être aux commandes pour le remettre sur les rails.

Auteur : La Rédaction