BADMINTON : À Thiés, le Sénégal passe son premier test avant les JOJ

Le volant fuse, les échanges s’étirent, les arbitres ne quittent pas le score des yeux. Au stadium Lat Dior, les délégations prennent leurs marques. Depuis vendredi, Thiès est devenue la capitale provisoire du badminton africain à l’occasion du premier Open international organisé au Sénégal.Mais l’enjeu dépasse le simple tournoi.

À l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026, la compétition sert de répétition générale à la Fédération sénégalaise de badminton (FESBAD). Joueurs, officiels, logistique : tout le dispositif passe un premier test d’envergure avant le grand rendez-vous olympique.

Le programme est chargé. Du 18 au 20 septembre, le Senegal International 2026, classé International Series, réunit les seniors avec une dotation de 10 000 dollars.

Du 21 au 23 septembre, les juniors entreront en scène avec le Senegal Junior International 2026, inscrit dans la catégorie Junior Future Series. Les deux compétitions rapportent de précieux points au classement mondial de la Fédération mondiale de badminton.

Selon le premier vice-président de la FESBAD, Amadou Bassirou Jane, on dénombre plus de 16 nations participantes, parmi lesquelles l’Algérie, l’Égypte, le Cameroun, la Pologne, l’Australie, la France, etc.

THIÈS, UN CHOIX STRATÉGIQUE

Le choix de Thiès ne doit rien au hasard. Le Sénégal compte encore peu d’infrastructures couvertes capables d’accueillir du badminton de haut niveau, et le stadium Lat Dior présente un avantage décisif : la FESBAD connaît déjà le terrain.

« Nous avons préféré venir à Thiès pour vraiment maîtriser notre organisation », explique M. Bassirou Jane. La proximité des hôtels, les conditions d’hébergement et l’expérience des championnats d’Afrique U19, déjà organisés sur le site, ont également pesé dans la décision.

Thiès joue ainsi le rôle de sas avant Dakar.

La prochaine grande échéance se déroulera à la Dakar Arena, choisie pour accueillir les épreuves olympiques de badminton. Déthié Diakham, responsable du badminton au sein du comité d’organisation des JOJ Dakar 2026 et membre de la direction technique de la FESBAD, assure que le travail est lancé : « Nous sommes en possession du site de compétition de la Dakar Arena. Nous avons commencé la phase d’installation de tous les secteurs qui vont intervenir au niveau des opérations. »

DES RAQUETTES, MAIS AUSSI TOUTE UNE ORGANISATION À ÉVALUER

À Thiès, les résultats sportifs ne sont qu’une partie de l’histoire. Le tournoi reproduit à échelle réelle les exigences d’une compétition internationale : arbitrage, juges de ligne, coordination technique, accueil des délégations et gestion du site sont rigoureusement observés. À Dakar, la moindre faille pourra coûter cher ; ici, elle peut encore être corrigée. « C’est une vraie chance pour nous. Ça a permis d’attirer tous ces pays vers le Sénégal, mais aussi aux Sénégalais de progresser sur le plan technique et de mieux s’organiser », souligne M. Diakham.

Le public profite également de l’occasion pour découvrir des joueurs étrangers et se familiariser avec un sport encore discret dans le paysage médiatique national.

L’ARBITRAGE ENTRE DANS LE MATCH

La préparation concerne aussi les officiels sénégalais, qui doivent gagner en expérience. Les 14, 15 et 16 septembre, une session de formation a réuni 38 officiels, dont 15 arbitres et 23 juges de ligne. L’Open leur offre désormais le passage obligé du terrain pour transformer la théorie en réflexes de compétition.

Pour Abdou kâ, arbitre sénégalais, le règlement constitue l’un des principaux défis : « Le badminton fait partie des sports qui ont beaucoup de règles complexes. Au début, cela a été un peu difficile, mais alhamdoulilah, nous avons pu nous accommoder. »

Coumba Diouf, également formatrice dans ce cadre, retient la richesse de l’apprentissage : « Dans l’ensemble, la formation s’est très bien passée. On nous a donné tout le bagage et toutes les ressources nécessaires pour être de bons juges de ligne et de bons arbitres. » L’ambition est de bâtir un corps arbitral sénégalais capable de tenir son rang lors des JOJ.

LA FESBAD MISE SUR LA JEUNESSE

Sur les courts, le Sénégal avance sans promesse tapageuse.

La Fédération cherche d’abord à élargir sa base et à faire émerger des joueurs capables de rivaliser au niveau international.

Pratiqué au Sénégal depuis environ quinze ans, le badminton reposait à ses débuts sur les communautés étrangères installées à Dakar. La FESBAD tente désormais de l’ancrer durablement.

« Notre objectif, c’est de former une pépinière. On démarre par la petite catégorie », explique M. kane.

La Fédération veut initier les enfants dès quatre ou cinq ans et s’appuie sur un groupe Élite 2026 composé de dix jeunes (cinq garçons et cinq filles) qui suivent un programme spécifique, incluant des stages d’entraînement en Chine.Sans promesse irréaliste de médailles, Jane rappelle l’essentiel : « Nous ne pouvons pas prédire si nous aurons des médailles, mais l’essentiel est de participer, et de bien participer. »

Une prudence qui reflète l’état d’une discipline en pleine construction.

DE DAKAR AUX RÉGIONS

La prochaine étape sera celle de la territorialisation. La FESBAD veut sortir d’une pratique concentrée dans la capitale et installer le badminton dans les régions. « La Fédération a une politique de massification. Nous sommes en train de nous déployer dans chaque région du Sénégal », explique Abdou kâ.

L’objectif est double : développer la pratique de masse et multiplier les chances de repérer de futurs talents.

Pour l’arbitre international, le badminton possède un atout majeur auprès des jeunes : il est spectaculaire, accessible et immédiatement ludique. « Dès qu’on leur montre, s’ils trouvent cela intéressant, ils accrochent vite. De toute façon, le badminton est un jeu attrayant », estime-t-il.

Thiès, qui accueille régulièrement des compétitions nationales, ajoute ainsi une première expérience internationale majeure à son actif.

LE SÉNÉGAL FACE À SON NOUVEAU DÉFI

Le premier Open international du Sénégal intervient à un moment charnière.

Pendant que les joueurs se disputent les points BWF au stadium Lat Dior, les organisateurs peaufinent le dispositif de Dakar 2026.

Ce tournoi sert de révélateur et de laboratoire pour exposer les failles, corriger les détails et renforcer les équipes mobilisées pour l’échéance olympique.

En somme pour Déthié Diakham, l’enjeu dépasse les frontières nationales : « Ce que nous souhaitons, c’est que ces Jeux soient une réussite pour le Sénégal, mais aussi pour toute l’Afrique. »

En répétant ses gammes à Thiès avant de rejoindre la Dakar Arena, le badminton sénégalais s’assure d’être au rendez-vous de l’histoire.

Auteur : La Rédaction