Thiès : Dr Hamath Sène plaide pour un nouveau modèle de résilience face aux risques climatiques

Les inondations récurrentes, les sécheresses prolongées et la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes imposent au Sénégal un changement profond de sa politique de gestion des risques, a soutenu Dr Hamath Sène, appelant à une approche davantage axée sur l’anticipation et la résilience.

‎Dans une contribution consacrée aux enjeux climatiques, l’expert estime que les aléas météorologiques ne relèvent plus de situations exceptionnelles mais constituent désormais une menace structurelle pour les populations, les infrastructures et l’économie nationale.‎‎

Selon lui, l’intensification des événements climatiques observée ces dernières décennies en Afrique de l’Ouest accentue la vulnérabilité du Sénégal, confronté à une urbanisation rapide, une forte pression démographique et une occupation parfois anarchique de l’espace.

‎‎À Dakar, qui concentre près du quart de la population nationale, l’urbanisation progressive des zones naturelles de rétention des eaux contribue à accroître les risques d’inondation, notamment dans les départements de Pikine, Guédiawaye et Keur Massar, souligne-t-il.‎‎

Dr Sène relève que malgré les mesures arrêtées lors du Conseil interministériel consacré à la prévention et à la gestion des inondations, tenu en mai 2024 à Diamniadio, des défis subsistent en matière de mise en œuvre et de visibilité des actions engagées.‎‎

Il rappelle toutefois que le Sénégal dispose d’outils stratégiques, à l’image de la Stratégie nationale de financement des risques climatiques et de catastrophes, destinée à renforcer la résilience financière de l’État et la protection des populations face aux chocs climatiques.‎‎

L’auteur de la contribution estime cependant que ces mécanismes demeurent insuffisamment opérationnels, les interventions continuant de reposer essentiellement sur l’assistance d’urgence au détriment de solutions durables de reconstruction et de compensation.‎‎

Le secteur agricole figure parmi les plus exposés aux conséquences du changement climatique.

Dr Hamath Sène souligne que la faible couverture assurantielle des exploitants limite leur capacité à faire face aux pertes liées aux aléas météorologiques.‎‎

Abordant la question de la gestion des ressources hydriques, il met en avant le paradoxe d’un pays disposant d’importantes réserves en eau mais dont le potentiel reste, selon lui, insuffisamment valorisé.‎‎

Le fleuve Sénégal et les infrastructures hydrauliques existantes offrent pourtant des opportunités significatives en matière d’irrigation, de recharge des nappes et de prévention des inondations, note-t-il, tout en plaidant pour un renforcement des investissements dans les ouvrages de redistribution.‎‎

L’expert salue également les réflexions engagées autour des projets de transfert d’eau et de revitalisation des vallées fossiles, considérés comme des leviers susceptibles de renforcer la sécurité alimentaire et la résilience des territoires.‎‎

Face à la complexité croissante des risques climatiques, Dr Sène préconise la création d’une Agence nationale de gestion des risques et des catastrophes naturelles.

Une telle structure, rattachée aux plus hautes autorités de l’État, permettrait selon lui d’améliorer la coordination des interventions, la mobilisation des ressources et la planification des investissements.‎‎

Il appelle par ailleurs à la mise en place de mécanismes innovants de financement, notamment des assurances paramétriques, des fonds de contingence et des instruments dédiés à la gestion préventive des catastrophes.‎‎

Pour Dr Hamath Sène, la réussite des ambitions portées par l’Agenda Sénégal 2050 dépendra de la capacité des pouvoirs publics à traduire les orientations stratégiques en actions concrètes, avec une implication accrue des collectivités territoriales, du secteur privé et des communautés locales.‎‎

« Le Sénégal dispose des ressources, des compétences et des opportunités nécessaires. Le défi majeur reste celui d’une gouvernance forte et cohérente capable d’anticiper les risques plutôt que de les subir », conclut-il.‎

Auteur : La Rédaction